OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Les data en forme http://owni.fr/2012/08/27/les-data-en-forme-11/ http://owni.fr/2012/08/27/les-data-en-forme-11/#comments Mon, 27 Aug 2012 15:51:32 +0000 Paule d'Atha http://owni.fr/?p=118782 Data en forme, les journalistes de données d'Owni vous proposent de vous localiser en Gaule, de trouver votre âge créatif ou encore de pronostiquer les élections américaines à partir de livres. Au boulot, c'est la rentrée !]]> Finis le soleil, le palmier en Une d’Owni et les JO : la rentrée arrive à grand pas, les sujets sérieux reviennent sur le devant de la scène jusque dans les Data en forme.

Commençons notre 45ème chronique par une innovation portée par le groupe Radio France et réalisée par FaberNovel. Simplement intitulée “Console Twitter”, cette plate-forme permet de suivre l’activité Twitter du groupe et de ses différentes antennes (France Inter, France Info, France Culture, France Bleu, le Mouv, France Musique et FIP). Activité au sens large : suivi des tweets en temps réel, “bruit” global, mentions, retweets, etc. La navigation est fluide grâce aux boutons à droite du tableau de bord et le lexique, particulièrement clair, rend l’application accessible aux non-spécialistes de Twitter.

Cette console est avant tout un outil destiné aux journalistes de Radio France, même s’il est ouvert au public. Une telle innovation de la part d’un groupe public est à saluer : Twitter est désormais reconnu comme un média à part entière et cet outil incitera probablement les journalistes à plus d’interactions avec Twitter et par ce biais, avec les auditeurs connectés. Ce qui soulève également d’autres questions : quelle sera la relation avec l’audience qui va en découler ? Une course au “tweet” va-t-elle s’engager ? Les données fournies par Twitter seront-elles utilisées comme moyen d’évaluer la satisfaction des internautes ?

Une livre d’argent

L’un des plus importants sujets de la saison automne/hiver 2012 de l’actualité sera sans conteste l’élection présidentielle américaine. Cette thématique a déjà inspiré de nombreux projets data et ne tarira pas de si tôt. Deux travaux nous ont particulièrement interpellés cette semaine.

Le premier, gigantesque et fascinant, est celui du Wall Street Journal. Intitulé “Political moneyball”, il recense en un immense graphique de relations les financements des candidats aux élections. Chaque cercle représente un comité, un parti ou un donateur (entreprises, groupement, association, etc.). Vous pouvez cliquer à partir du graphique ou effectuer une recherche selon des critères précis. Les données sont issues de la Commission fédérale pour les élections. Un projet dans lequel on pourrait se perdre des heures et que l’on ne peut qu’admirer pour son apport à la démocratie, l’énorme travail demandé et sa lisibilité.

Plus classique graphiquement mais plus insolite sur le fond, the Amazon Election Heat Map 2012 représente la couleur politique des États américains en fonction de la proportion de livres “bleus” (démocrates) ou “rouges” (républicains) achetés par ses habitants sur le site de vente en ligne du même nom. La couleur des livres est déterminée par l’équipe d’Amazon. L’équipe précise également que :

Les livres ne sont pas des votes, et une carte des achats de livres peut refléter autant une simple curiosité qu’un réel engagement de la part de ces lecteurs ; mais nous espérons que notre carte de l’élection 2012 vous donnera une façon de suivre les changements politiques au travers du pays durant cette période électorale.

L’Amérique en crimes

Chicago Crime, le projet d’Adrian Holovaty recensant les données sur les crimes à Chicago sur une Google Maps, fut l’un des premiers projets de data journalisme au sens où on l’entend actuellement. Créé en 2005, il fut entre autres décrété par le New York Times comme l’un des meilleurs projets de l’année.

Les données sur le crime continuent de nourrir de nombreux projets de data journalisme, comme nous vous le montrions la semaine dernière avec l’application “Murder in America” du Wall Street Journal.

Le New York Times s’est aussi saisi de la question avec la publication des données relatives à la ville de New York entre 2003 et 2011. Les filtres permettent de chercher par mois/heure de la journée ; race/ethnie ; sexe ; âge ; arme utilisée et quartier. L’article [EN] accompagnant l’application est très instructif, expliquant notamment que la période la plus propice au meurtre est l’été. La température est chaude, les gens battent davantage le pavé, tuent davantage ? Le journaliste ne fait pas le lien mais explique qu’en 2011, le mois le plus meurtrier fut septembre (52 morts) puis août (51). Que le nombre de meurtres diminue : on atteint le niveau des années 60, qui n’avait pas été vu depuis longtemps. Que l’on a moins de risque d’être une victime si l’on est une femme. Et autres analyses de données qui rappellent la nécessaire complémentarité entre mise en scène des données et article explicatif.

Une journaliste guatémaltèque, Claudia Méndez Arriaza, s’est lancée dans le même projet pour la ville de Guatemala City. Dans un pays où le taux d’homicides volontaires atteint les 35 pour 100 000 (selon les Données de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime), cette démarche prend une autre dimension, celle de la dénonciation. Son site s’appelle d’ailleurs “Une vie est une vie”. Chaque point sur la carte correspond à un homicide et quand les données existent, le nom de la victime, sa profession et l’arme utilisée y sont mentionnés, pour lutter contre l’oubli.
L’auteur s’explique dans une interview [EN] pour le Knight Center for Journalism in the Americas.

En allemand dans le texte

Autre grand classique de la data visualisation, mais sur lequel il reste encore de nombreuses pistes à explorer : la représentation graphique de budget. Cette visualisation [DE], réalisée par le ministère des finances allemand, présente le budget fédéral. Si comme nous, vous ne parlez pas allemand, cela ne vous empêchera a priori pas de profiter de cette dataviz. Google Translate vous assurera la traduction des mots principaux et vous pourrez tout de même apprécier le scénario de navigation allant du général au plus particulier – Dépenses / Ministère des Affaires sociales / etc. , les graphiques de répartition bien nets et la liste détaillée des actions entreprises avec l’argent public. Danke Bundesministerium des Finanzen.

Ils sont fous ces Romains

Histoire de se détendre un peu après tous ces liens sérieux, nous vous proposons de jeter un oeil au projet “Orbis” de la pourtant sérieuse université de Stanford. Orbis vous propose à peu de choses près le même service que Mappy ou ViaMichelin : calculer votre itinéraire d’un point A à un point B en Europe. Vous pouvez choisir votre mode de transport : à pied, à cheval, à dos de mule ou encore en caravane de chameaux. Oui, car “Orbis” calcule votre itinéraire selon les données d’il y a près de 1 900 ans, au temps de l’empire romain. Ainsi, si vous souhaitiez faire un aller-retour de Paris à Rouen (pardon, Lutèce à Rotomagus), dans une cariole à boeufs, au mois d’août, vous auriez mis 4,9 jours pour faire 243 kilomètres.

Les scientifiques et historiens travaillant sur Orbis ont même fait des cartes isochrones de Rome : c’est-à-dire des cartes dont les frontières sont modifiées pour représenter le temps de trajet pour arriver en son coeur, ici Rome. Le but de ce travail de recherche : comprendre comment une ville a pu soumettre une grande partie de l’Europe, notamment par l’étude de leurs modes de communication.

Pas d’âge pour la créativité ?

L’application “How old are they” [EN] est issue d’une réflexion étonnante : y a-t-il un âge privilégié pour la créativité ? Et si oui, est-il le même pour les romanciers, les musiciens ou les directeurs de films ? Si la liste des heureux élus peut sembler courte, l’idée est intéressante et la réalisation fluide et esthétique. Pas étonnant, periscopic.com est l’une des boîtes spécialisées dans la data (leur slogan : “faire le bien avec la donnée”, rien que ça) avec de beaux projets à leur actif comme Working in America ou Politilines.

Garder le lien

Quelques liens pour prolonger cette plongée hebdomadaire dans le joli monde de la data :

- une interview de Nigel Holmes [EN], spécialiste des “explanation graphics”, longtemps au Time magazine et auteur, s’il fallait n’en garder qu’une, de l’infographie “It’s the economy, stupid !” ;

- la liste des finalistes sélectionnés pour les “Information Is Beautiful Awards” : énormément de beaux projets, dont nous vous avions déjà parlé pour certains dans les Data en forme ;

- le tumblr Dataviz de la Banque Mondiale qui recense les réalisations faites à partir de leurs données : une vraie mine d’or pour comparer les différentes techniques de visualisation et la multitude de projets pouvant être crées avec des sets de données identiques.

Bonne data-semaine à tous !


Tous les épisodes précédents des Data en forme.
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Le meilleur du pire des dépenses de l’Elysée http://owni.fr/2012/04/24/le-meilleur-du-pire-des-depenses-de-lelysee/ http://owni.fr/2012/04/24/le-meilleur-du-pire-des-depenses-de-lelysee/#comments Tue, 24 Apr 2012 12:44:26 +0000 Loguy et Sabine Blanc http://owni.fr/?p=106927 OWNI a dessiné un quinquennat d'explosion des dépenses de l’Élysée, à partir du dernier livre de René Dosière L'argent de l’État : augmentation faramineuse des dépenses de communication et de déplacements, salaires qui ne connaissent pas la crise, etc. Une infographie très bling bling. ]]>

De même que monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, le député René Dosière fait de l’open data sans le savoir. Cet élu de l’Aisne apparenté socialiste s’est fait une spécialité d’aller fouiner dans les comptes obscurs de l’État français. Il y a consacré deux ouvrages, dont le dernier en date L’argent de l’État est paru au mois de février. Ce travail de longue haleine lui a au passage permis de sortir de son anonymat de parlementaire provincial.

Tout journaliste avec une fibre data ressent un triple sentiment à sa lecture. Le premier, de la joie mêlée d’admiration : à force d’opiniâtreté, René Dosière a récupéré une foule de chiffres d’intérêt public sur la façon dont le Président de la République et le Premier ministre gaspillent gèrent leur budget. Entre 2002 et 2012, il a posé plus de 400 questions. Il lui aura fallu quatre ans pour connaitre le coût réel de la garden party. Certes, il ne consacre pas tout son temps à ça, mais ce délai est symptomatique d’une tendance à trainer les pieds quand il s’agit de répondre à certaines questions.

Le second, de l’énervement : comment l’ouvrage peut-il ne pas contenir la moindre visualisation de données et se contenter d’une poignée de tableaux peu attrayants ? Le troisième, c’est de la joie tout court : chouette j’ai un merveilleux graphiste pour me mettre tout ça en images. À partir des principaux chiffres issus du livre, Loguy a tiré un joli poster : on a augmenté René Dosière.

Si cette infographie vous déprime, consolez-vous : la législation en matière de transparence du budget de l’État s’est un peu renforcée ces dernières années.


Illustration et design par Loguy pour Owni /-)

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Les data en forme http://owni.fr/2012/02/20/les-data-en-forme-4/ http://owni.fr/2012/02/20/les-data-en-forme-4/#comments Mon, 20 Feb 2012 16:52:04 +0000 Paule d'Atha http://owni.fr/?p=99221 Commençons ce nouvel opus par un voyage au cœur du budget fédéral 2013 de l’administration Obama. La visualisation que nous proposent les équipes du New-York Times est un petit bijou. Certes, les données choisies se prêtent bien au jeu, elles sont intelligemment tamisées et du coup très lisibles. Mais le cadeau que nous font les data-joueurs du NYT est ailleurs : dans les modes d’explorations multiples de ces données.

Ces budgets et leurs évolutions sont présentés sous quatre formes, soit quatre manières de s’y immerger et de les analyser. Cette dataviz propose donc en toute simplicité une vision de ces chiffres et de la politique qui les sous-tend en quatre dimensions. Qui a dit que la visualisation de données permettait de simplifier le monde ? Bien menée, il semble qu’elle permette surtout de rendre compte de sa complexité et des différents points de vue que l’on peut adopter pour observer la réalité.

Restons dans les budgets mais changeons de jeu de données pour aller fouiller les chiffres des fonds attribués à l’Aide Publique au Développement (APD) par les divers pays donateurs. Derrière ce terme un peu opaque d’APD, nous retrouvons l’ensemble des aides allouées par les pays développés aux pays en voie de développement.

Grâce à des treemapBudget4Change permet de visualiser, à l’intérieur de chaque pays bailleur de fonds, quels sont les provenances de ces sommes qui alimentent l’APD. But assumé de cette initiative : assurer un suivi des annonces faites par les différents gouvernements sur le sujet en rendant lisible le circuit de ces fonds qui transitent le plus souvent dans les méandres des lignes budgétaires des ministères ou autres organisations publiques.

Data in the sky

Trêve de chiffres, passons de l’autre côté des données. Point d’interactivité par ici mais des vidéos qui nous emmènent au-delà des data.

Le norvégien Even Westvang a travaillé sur les déplacements de ses concitoyens. À partir des déclarations d’impôts de 2006 et 2007, il a créé “Deluge”, une application codée en C++ permettant de générer d’impressionnantes visualisations autour de ces mouvements de foules. Sa démarche est simple : créons des visualisations marquantes à partir des premières données publiques pour convaincre les administrations de libérer un nombre plus important de jeux de données. Dont acte.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Dans un esprit similaire “Ville Vivante” transforme Genève en un océan de communications. Pour créer cette visualisation, l’équipe du projet (dont l’agence Interactive Things et Lift) a utilisé les données issues des deux millions d’appels mobiles enregistrés quotidiennement par la société de télécommunication Swisscom. Chaque appel laissant une trace géolocalisée, les “devine d’où j’t’appelle” deviennent des vols d’étourneaux flottant au-dessus de la ville.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Les pieds sur terre

Le journalisme de données, c’est aussi savoir prendre du recul. Parfois, comme on l’a vu sur les vidéos précédentes, ce sont les lignes de codes qui permettent ce mouvement micro/macro. À d’autres moments, il faut juste littéralement prendre ses distances vis-à-vis du sujet étudié. La preuve en est avec ces vues satellites de paysages agricoles. Quelques centaines de kilomètres d’altitude suffisent pour transformer des sillons creusés au fil des siècles en motifs particulièrement graphiques.

Le designer David Hanauer a d’ailleurs pensé à ceux qui souhaiteraient orner leur salon de ces vues du ciel. Ici pas de zouli coeur de Voh, mais des paysages modelés par les tractopelles de l’Homme, dupliqués, retournés, démultipliés. Toutes ces constructions humaines deviennent d’étranges mosaïques de données imprimées à même le sol. Tout est motif.

#WTDF

Notons, pour finir, que, certes les données peuvent permettre de raconter des histoires mais surtout, à l’inverse, toutes nos histoires sont pleines de données. Grâce à une fidèle data-veilleuse et au réalisateur suédois Tomas Nilsson, découvrons les chiffres que le petit chaperon rouge cache sous sa capeline empourprée.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Sur ce, à la semaine prochaine et n’oubliez pas : tout est “données”.

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Angleterre: un conflit de basse-intensité relayé par Internet http://owni.fr/2011/03/27/angleterre-un-conflit-de-basse-intensite-relaye-par-internet-ukuncuts/ http://owni.fr/2011/03/27/angleterre-un-conflit-de-basse-intensite-relaye-par-internet-ukuncuts/#comments Sun, 27 Mar 2011 09:46:33 +0000 Thomas Seymat http://owni.fr/?p=53665 Au Royaume-Uni, la pilule de l’austérité mise en place par la coalition Clegg-Cameron a beaucoup de mal à passer pour certains. Faisant face à des coupes budgétaires s’élevant à plus de 87 milliards de livres (près de 100 milliards d’euros) étalées sur quatre ans et à des frais d’inscription universitaires qui vont jusqu’à tripler par endroit – de 3.000 à 9.000£ par an –, des organisations et des individus se mobilisent depuis plus de six mois. Grâce à Internet et aux médias sociaux, de petits groupes d’activistes mènent une guérilla ininterrompue, sorte de conflit social de basse-intensité qui occupe le terrain et tentent de mobiliser au-delà des cercles militants traditionnels.

A chaque journée d’action son hashtag

S’il est vrai que le mouvement social s’est fait remarquer au départ par des manifestations étudiantes agitées, comme l’occupation du quartier général du Parti conservateur ou les affrontements devant le Parlement de Westminster, la mobilisation s’est étendue à d’autres groupes de personnes affectées par les coupes. Pour fonctionner, le mouvement a complètement adopté médias sociaux et technologies mobiles. A chaque journée d’actions son hashtag (#dayx3, #march26), à chaque fac occupée son compte Twitter (@UCLOccupation, suivi par 5.000 personnes) et à chaque cortège son live-tweet. Un seul mot d’ordre relie tous ces évènements entre eux : #solidarity.

De cette constante présence en ligne émergent quelques voix qui sont devenues des références, des ‘influenceurs’ de la mobilisation. On y trouve par exemple @Pennyred, une militante, bloggueuse et éditorialiste qui pèse près de 14.000 followers. Sa soudaine notoriété lui donne  “un peu le vertige: il y a neuf mois, “[elle] n’avait que 1000 followers“. Laurie Penny (son vrai nom) écrit aujourd’hui dans plusieurs journaux, en plus d’être devenue une référence invitée lors de conférences ou à la radio. De son côté, @Sunny_hundal, 9.000 followers, est rédacteur-en-chef d’un blog ironiquement intitulé ‘Liberal Conspiracy‘ et premier du classement Wikio des blogs politiques du Royaume-Uni.

Les organisations de militants, tel UK Uncut, 23.000 followers, utilisent également Internet tous les jours pour faciliter l’organisation de leurs actions à l’échelle du pays. Il existe en effet un compte Twitter Uncut pour chaque grande région ou ville. Le mouvement est décentralisé, il suffit d’une carte Google, d’un marqueur avec une adresse email et c’est parti : cela peut aller de cinq personnes distribuant des tracts à un rassemblement d’une centaine de personnes occupant une banque pour protester contre le montant des bonus ou sa politique d’évasion fiscale. Le 19 février, c’est Barclays qui en fut la cible: en 2009, la banque a réussi à ne légalement payer que 2,5% de son revenu global en impôt, soit 113 millions de livre sterling. Dans le même temps, elle a distribué dix fois ce montant en bonus pour ses banquiers. Des chiffres qui nourrissent la colère et le ressentiment du mouvement qui y voit le symbole de l’inégalité de la répartition des efforts de réduction du déficit budgétaire.

Devant la banque Barclay's, lors de l'occupation

Même le vénérable Trade Union Congress, fédération des syndicats britanniques fondée en 1868, s’est mis à Internet, avec un site et une page ‘événement’ sur Facebook pour la manifestation du 26 mars.

Des “community managers” de la mobilisation

Organisations et individus influents jouent presque le rôle de “community managers” de la mobilisation. Ils échangent, font de la veille média, re-tweetent leurs articles de blogs respectifs et contribuent à ce que la discussion à propos du mouvement social ne s’arrête jamais. Deux avantages se distinguent: d’une part l’apparente transparence du mouvement empêche qu’il s’ankylose ou soit phagocyté, d’autre part, les dizaines d’actions menées dans le pays occupent le terrain médiatique et permettent de faire passer le message dans les médias. Le Guardian semble particulièrement épris du mouvement. C’est rare qu’un jour passe sans qu’un article ou un édito ne le mentionne, l’un d’entre eux expliquait que c’était la mobilisation la plus rapide qu’ait connu à ce jour le Royaume-Uni.

Le mouvement a aussi ses vidéos virales. Le (you)tube du moment – 60.000 visionnages depuis le 22 mars– est un clip de rap sobrement intitulé « Andrew Lansley Rap », du nom du politicien conservateur et actuel ministre de la santé britannique. Sur un beat simple agrémenté du riff de House of the rising sun (Les portes du pénitentier), le rappeur MC Nxtgen pose un flow grimey et nerveux et accuse le ministre de vouloir privatiser le National Health Service, le système de santé du Royaume-Uni. « Andrew Lansley, avare, Andrew Lansley branleur, le NHS n’est pas à vendre », assène dans le refrain le MC, sec comme un coup de matraque.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Et c’est l’un des passages le le plus light, Lansley en prenant pour son grade tout au long des couplets. Mais le MC élève le débat et rappelle dans ses paroles les controverses entourant sa cible. Avant d’être ministre, Lansley a reçu de l’argent de lobbyistes représentants des fabricants de chips, les barres Mars et Pizza Hut, ainsi que de la part d’une entreprise de soin privée qui bénéficierait des réformes portées par le ministre. Vu le succès de la vidéo en ligne, « Andrew Langsley Rap » risque bien de devenir l’hymne du mouvement social.

Illustration CC FlickR xpgomes5 et Thomas Seymat

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Monsieur le Ministre de la Culture, je vais vous aider à comprendre http://owni.fr/2010/11/12/monsieur-le-ministre-de-la-culture-je-vais-vous-aider-a-comprendre/ http://owni.fr/2010/11/12/monsieur-le-ministre-de-la-culture-je-vais-vous-aider-a-comprendre/#comments Fri, 12 Nov 2010 20:01:35 +0000 Bluetouff http://owni.fr/?p=35480 Numérama rapportait hier, que dans une interview accordée à France 24, notre Ministre de la Culture qui ne comprend pas comment nous en sommes arrivés là avec HADOPI. C’est quelque chose que j’avais déjà tenté d’expliquer ici à propos de la négligence caractérisée. Frédéric Mitterrand semble surpris du bourbier qu’est HADOPI :

Je peux comprendre, je n’ai aucune envie de diaboliser les adversaires. D’abord parce que ça n’est pas dans ma nature, et puis en plus quand il y a des adversaires très très résolus, c’est qu’ils ont une pratique, c’est qu’ils ont des habitudes, etc. Il faut essayer de comprendre pourquoi ils en sont arrivés là

Je vais donc essayer, monsieur le Ministre, de vous apporter quelques réponses, rien d’exhaustif, mais quelques points qui font que cette loi, en l’état, ne peut être acceptées des internautes.

Les odieuses tractations entre gens tous d’accord (ou presque)

L’accord Olivennes [PDF], qui sont aussi et surtout les accords de l’Elysée, ou plutôt les accords du Fouquet’s, ont commencé à éveiller notre attention. Tout ceci s’est joué de manière convenue entre personnes toutes d’accord entre elles à l’exception de Xavier Niel. De par sa fonction, le dirigeant de Free ne pouvait pas ne pas être convié. Il a donc fallu lui faire une forme de chantage (à coup de licence 3G) pour qu’il consente à aller à reculons signer une feuille blanche, chose qu’il confiera peu après à la presse [NDLR: Xavier Niel est depuis peu actionnaire d'OWNI]. Comble du cynisme Monsieur le Ministre, votre prédécesseur, Madame Albanel a osé appeler cette mascarade un « consensus ». On voit bien aujourd’hui ce que donne ce consensus.

Ceci ne trompe aujourd’hui plus personne, il est maintenant de notoriété publique que ces pseudos accords étaient uniquement destinés à mettre en place l’inacceptable… et devinez quoi… 3 ans après c’est toujours aussi inacceptable et non accepté. Internet a une mémoire.

Je frappe d’abord et je discute après

L’intégralité des débats parlementaires sur HADOPI ont offert un triste spectacle aux internautes qui se sont passionnés pour ce texte qui entend modifier plus de 10 ans d’usages. Certes, vous êtes arrivés en cours de route, mais jetez au moins un œil sur tout ce que vous avez raté, le médiakit de la Quadrature du Net, que votre prédécesseur qualifiait de 5 gus dans un garage, pourrait vous être utile.

Tout y est passé : listes blanches, filtrage, sur-référencement de l’offre légale (atteinte manifeste à la libre concurrence), présomption de la culpabilité, atteinte à la liberté d’expression, double et triple peine… et hop une censure au Conseil Constitutionnel. Puis HADOPI 2, passage en force, contournement juridique de l’avis du Conseil des Sages grâce au subterfuge de l’ordonnance pénale… bien joué, mais ça ne sera pas suffisant.

Malgré ces signaux, le gouvernement a jugé opportun de passer en force manifestant un profond mépris de notre démocratie, un mépris de l’opposition, même quand cette opposition était dans son propre camp et prodiguait des conseils souvent très avisés.

Bilan, aujourd’hui nous avons :

  • toujours pas d’offre légale (elle est si pitoyable que c’est le contribuable qui en est de sa poche pour essayer d’en faire la promotion et je ne parle même pas de la risible mise en place) ;
  • toujours pas de moyen de sécurisation ;
  • des gens s’enrichissent grâce à HADOPI ;

Au moins il y a une certaine constance dans la méthode : on frappe d’abord, on discute après. On stigmatise un problème (la rémunération des auteurs) sans y apporter de solution. Et quand on se trouve dans ce genre de situation, il ne fait pas l’ombre d’un doute que l’on fait partie intégrante du problème.

Donc non, HADOPI n’est pas une solution, elle est le problème. Vous pouvez croiser tous les doigts que vous voulez Monsieur le Ministre, HADOPI ne peut fonctionner, et ne fonctionnera pas. Sur Internet on ne peut pas envoyer de CRS pour disperser les manifestants, votre gouvernement a voulu le conflit, il a maintenant une guérilla sur un champ de bataille qu’il ne connait pas et pour lequel il n’a pas d’arme adaptée. Les internautes ne lancent plus de pavés, mais des octets. Il va vous falloir faire face au mieux à un cyber 68, au pire un superbe bourbier qui pourrait très bien dégénérer.

Multiples manifestations d’incompétence

Un bon lien valant mieux qu’un long discours, je vous invite à lire et visionner ceci. Je ne sais pas pour vous, mais personnellement je ne peux me résigner à accorder le moindre crédit à ce texte quand je vois le sérieux avec lequel il a été voté. HADOPI est une blague, depuis le début, et si la HADOPI espère faire peur avec ça, et bien c’est pas gagné ! Au mieux ce texte fait rire, au pire il agace, mais faire peur… bon allez, si ça vous le fait abroger, pas de problème je suis prêt à déclarer publiquement que je suis mort de trouille et on en parle plus et tout le monde est content.

HADOPI défend les intérêts des copains du Fouquet’s

Le cynisme d’HADOPI ne s’arrête pas là. Êtes-vous en mesure, monsieur le Ministre, de me citer un seul nom d’artiste qui a gagné ne serait-ce qu’un seul centime grâce à ce texte ? Moi, d’ici, ce que je vois, c’est que le contribuable injecte 50 millions d’euros sur deux ans en période de crise dans une odieuse carte musique jeune, en plus de tous les cadeaux qui ont été faits aux industriels de la culture.

Mais les artistes sont bien les grands oubliés. Que faites vous pour eux avec ce texte monsieur le ministre ? Les artistes que je connais sont dans leur grande majorité dans une précarité assez extrême, et vous distribuez des millions à tour de bras à une industrie qui se porte parfaitement bien ! C’est indécent. Faisons un peu l’addition pour le contribuable d’ailleurs.

Et non, ce n’est pas gratuit !

  • Débats parlementaires : environ 180 millions d’euros (nombres de Parlementaires multiplié par le salaire en jours, multiplié par le nombre de jours de débats + commissions parlementaires. Allez je suis sympa, je ne compte même pas les salaires ministériels, ni ceux des attachés parlementaires et ministériels. Avec ça on pourrait facilement doubler le coût de la mascarade)
  • Un site de propagande, jaimelesartiste.fr : 80 000 euros pour 3 semaines d’uptime.
  • Carte musique Jeune : 50 millions d’euros sur 2 ans
  • Budget de la HADOPI : 12 millions par an, on va lui donner une espérance de vie de 2 ans, jusqu’en 2012 et partir sur une enveloppe globale (surement sous estimée) de 22 millions d’euros
  • Identification des internautes : quelques patates « indolores » aux dires de Christine Albanel soit 8,5 euros, multipliés par 50 000 adresses IP par jour, multiplié par 365 jour dans l’année : 155 125 000 euros ! Comme je ne crois pas un instant au chiffre annoncé de 50 000 saisines par jour, on va être gentil et tabler sur 5 000 par jour, ce qui nous fait une enveloppe déjà confortable de 15,5 millions d’euros, auquel on ajoutera la remise spéciale faux cul de FAI (ces gens qui font de la pub pour du téléchargement illimité) concédée par Orange, Numéricable et SFR, il faudra peut-être un jour dédommager Free, tablons sur un timide 4 millions d’euros.
  • … je m’arrête là parce que je suis en train de perdre mon calme, mais il faudra ajouter à ça encore une tournée de débats parlementaires pour faire sortir ce texte de notre corpus législatif, les frais de dédommagement en justice des « erreurs » de l’HADOPI. La facture totale en 2012 pourrait s’élever assez facilement à un demi milliard d’euros si on veut vraiment appliquer ce texte ! Et à côté de ça on rabote sur les jeunes entreprises innovantes qui sont l’avenir de nos emplois et l’un des moteurs de notre croissance pour économiser 50 millions d’euros !

Tout ça pour un texte inapplicable qui sera abrogé et dont nos enfants se moqueront pendant des générations. Dans un siècle, HADOPI sera étudiée dans les classes d’histoire comme un épisode tragicomique du 21e siècle.

Et après ça, Monsieur le Ministre, vous vous étonnez que l’opposition à ce texte soit si importante? Moi pas. je trouve même parfaitement logique que la pilule de la réforme des retraites passe mieux que celle d’HADOPI.

Article initialement publié sur Bluetouff

Crédits photo cc FlickR : Elgin County Archives, Okinawa Soba, ilopezyou.com, nathangibbs.

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L’Europe joue à se faire cyberpeur http://owni.fr/2010/11/10/leurope-joue-a-se-faire-cyberpeur/ http://owni.fr/2010/11/10/leurope-joue-a-se-faire-cyberpeur/#comments Wed, 10 Nov 2010 16:42:28 +0000 Olivier Tesquet http://owni.fr/?p=35221 Le 4 novembre, l’Union européenne a mené une vaste simulation de cyberattaque, impliquant les 27 pays membres, la Suisse, La Norvège et l’Islande. Vous n’avez pas entendu parler de cet exercice, “le tout premier du genre au niveau paneuropéen” ? Rien de plus normal. Cyber Europe 2010 (son nom de scène) a été mené dans la plus grande discrétion. A peine a-t-on vu passer un court article récapitulatif en provenance du bureau bruxellois du Monde. Aux manettes de ce wargame géant, l’Enisa, l’agence européenne pour la cybersécurité; à l’autre bout du fil, 150 fonctionnaires de 70 administrations différentes, 50 à Athènes (où l’Enisa dispose d’une antenne) et 80 disséminés à travers le continent.

L’espace de quelques heures, ces mêmes fonctionnaires ont subi 320 attaques en tout genre, censées préfigurer un assaut massif contre les connexions transfrontalières. Le tout pourrait sembler au mieux anecdotique, au pire insignifiant (après tout, rien d’illogique à se préoccuper de la protection des réseaux “officiels”) si les États-Unis n’avaient pas impulsé une nouvelle stratégie en la matière. Matérialisée dans le Cyber Shockwave (février 2010) ou le Cyber Storm (septembre), exercices aux alias millénaristes inscrits en lettres rouges sur les breaking news défilantes de CNN, cette nouvelle doctrine a-t-elle franchi l’Atlantique pour atteindre nos rivages?

100 000 euros

Contacté par OWNI, Ulf Bergstrom, le porte-parole de l’Enisa, invoque le Digital Agenda diligenté au mois de mai par Neelie Kross, la Commissaire européenne à la société numérique, et tient à éclaircir certains points:

Nous voulions travailler avec différentes hiérarchies, différentes structures, différentes procédures, d’où l’idée d’un exercice paneuropéen, afin d’améliorer notre coopération à l’avenir. Après la cyberattaque d’envergure contre l’Estonie en 2007, un consensus est en train d’émerger sur la nécessité d’une collaboration entre les Etats membres de l’Union. D’ailleurs, le Traité de Lisbonne encourage précisément le travail d’équipe sur ce type de problématiques, parce que la technologie ne s’arrête pas aux frontières.

Mais au moment de comparer l’initiative européenne à ses aïeules américaines (dans le petit monde de la cyberguerre, la temporalité est sensiblement différente de la réalité), Bergstrom prend les devants:

Le Cyber Storm est un exercice national, tandis que Cyber Europe est un exercice paneuropéen. C’est un exercice opérationnel, pas le nôtre; il implique des acteurs industriels, pas le nôtre; il teste la capacité de réponse des systèmes, pas le nôtre; il arrive à maturité, avec un budget de plusieurs millions de dollars, quand le nôtre est une première financée à hauteur de 100 000 euros.

Dans son bilan final, l’Enisa se félicite du déroulement des opérations, estimant qu’il s’agit d’une “étape-clé” dans l’élaboration d’une véritable stratégie européenne de cyberdéfense, concertée et surtout, budgétée.

L’Enisa, inutile?

C’est là que le bât blesse. Doté d’un budget légèrement inférieur à huit millions d’euros (ce qui représente 60% du budget de la CNIL, estimé à 13 millions d’euros), l’Enisa ne dispose aujourd’hui que d’un – faible – pouvoir de recommandation. Basé dans les faubourgs d’Héraklion, à 2396 kilomètres du Berlaymont, le siège de la Commission, ce “centre d’excellence” emploie aujourd’hui 44 personnes, auxquelles il faut ajouter une vingtaine de spécialistes externes et d’intérimaires.

Ulf Bergstrom le concède, cette année, il ne s’est rendu “que deux fois à Bruxelles”, et pas forcément pour porter la voix des experts en SSI (systèmes de sécurité de l’information). Mise sur pied en 2004, l’Enisa devait en effet arriver au terme de sa mission en 2009. Son bail a finalement été prolongé jusqu’en mars 2012, mais son futur proche s’inscrit en pointillés: demain, l’agence sera peut-être phagocytée par Europol, la police criminelle intergouvernementale.

Pour Nicolas Arpagian, professeur à l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ) et auteur d’un Que Sais-je (si, si) sur la cybersécurité, l’Enisa s’inscrit dans une logique européenne particulièrement floue autour des ces questions:

[L’Enisa] relève du même système de pensée que le Sommet mondial sur la société de l’information. Alors qu’il devait être un Kyoto du numérique, celui-ci a seulement prouvé qu’il était une hybridation de la Foire de Paris. A Genève en 2003 comme à Tunis en 2005, on a vu des seconds couteaux européens prendre la parole à quelques mètres seulement des stands des fabricants de solutions de sécurité.

La question de son rôle se pose d’autant plus que le G8 a été le premier à développer un outil de veille 24/7 (PDF), sorte de SAV des puissants. Dans ces conditions, sans garanties sur leur avenir, dès 2008, les fonctionnaires de l’Enisa, et c’est bien normal, se sont plus préoccupés de leur reconversion professionnelle que des dossiers qu’ils portaient.

750 hackers contre 44 fonctionnaires

Pourtant, de source officielle, l’Enisa ne se conçoit pas comme une vulgaire hotline destinée à déclencher des alertes Amber et signaler la disparition de quelques lignes de code ou d’une poignée d’informations bancaires. “A ceux qui pensent que les cyberattaques sont un concept abstrait, je rétorquerai que chaque année, des millions de personnes sont directement victimes de ces pratiques”, déclarait Neelie Kroos il y a quelques mois.

Ni une ni deux, quelques semaines avant l’exercice Cyber Europe, un expert américain s’était risqué à chiffrer le coût d’une attaque massive contre les infrastructures informatiques de l’Union européenne: il avait avancé le chiffre de 86 millions de dollars, auquel il adossait 750 hackers payés à plein temps. C’est 10 fois le budget de l’Enisa, avec un effectif 1700% plus important.

Game over?

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Crédits photo: Flickr CC dsb rola, thrig, Enisa,

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Les va-t-en-cyberguerre débarquent http://owni.fr/2010/10/06/les-va-t-en-cyberguerre-debarquent/ http://owni.fr/2010/10/06/les-va-t-en-cyberguerre-debarquent/#comments Wed, 06 Oct 2010 14:15:28 +0000 Olivier Tesquet http://owni.fr/?p=30626 “Le ministre de la guerre a donné sa démission, la guerre est supprimée”. La phrase est de Jules Renard mais elle pourrait tout aussi bien être la conclusion du point presse brumeux d’un gouvernement occidental. Nous sommes en 2010, et la notion de belligérant n’a plus grand chose à voir avec les préceptes millénaires de Sun Tzu. L’armée américaine s’est officiellement retirée d’Irak, mais elle s’est officieusement embourbée en Afghanistan. Le Pentagone a taillé des croupières aux entreprises d’armement en rabotant certains programmes, et les généraux 5-étoiles se sont fait la guerre autour du vocable contre-insurrectionnel. On a donné toutes sortes de noms aux conflits, singuliers ou pluriels, asymétriques, irréguliers, hybrides. Robert Gates, le secrétaire à la Défense, un maverick rescapé de l’administration Bush, a dépecé le mythe de Top Gun en sacrifiant le chasseur F22, cette rune avionique symbole de puissance dans la culture populaire. Il a aussi suivi les directives de Barack Obama en paraphant l’accord pour un envoi de 30 000 soldats supplémentaires dans les faubourgs de Kaboul et les montagnes de Kandahar. On appelle ça les paradoxes de la guerre.

Nous sommes en 2010, et l’économie américaine reste liée jusque dans l’intimité à son complexe militaro-industrialo-congressionnel, qui fortifie tout à la fois son maillage économique local et son rayonnement international. Après avoir prôné depuis trois ans un retour à la raison autour des besoins immédiats de l’armée, le Pentagone a voté pour l’année fiscale 2011 le budget de la Défense le plus élevé depuis 1945, au-delà du seuil symbolique des 700 milliards de dollars. Après avoir fait l’aggiornamento de leur doctrine, momentanément débarrassée du concept de guerre traditionnelle, les États-Unis devaient se réunir autour d’un nouveau mot d’ordre: la cybersécurité. Un commandement dédié, le Cyber Command, est sur le point d’être opérationnel, et les hiérarques de l’administration se chargent d’assurer le service après-vente de cette menace flambant neuve, matérialisée après dix bonnes années de manœuvres en sous-main. William J. Lynn III, le second de Gates, s’est répandu dans la presse pour expliquer la nécessité de “défendre un nouveau domaine”, particulièrement dangereux.

La cyberguerre est la nouvelle norme

Certains poids lourds de la Défense, comme Raytheon, Lockheed Martin ou Northtrop Grumman, spécialisés dans l’aviation de pointe, les missiles ou les radars de haute technologie, ont senti cette évolution structurelle et développent des stratégies dédiées pour attirer à eux de nouveaux contrats particulièrement lucratifs dans le domaine de la sécurité des systèmes. Aujourd’hui, selon Jane’s, la très sérieuse lettre d’information militaire, l’aviation concentrerait environ 800 programmes répartis en 120 contrats, pour une somme engagée de 1000 milliards de dollars. Sans atteindre les mêmes proportions (elle ne représente “que” 102 milliards de dollars), la cyberguerre agrège plus de 1200 projets et 100 contrats. Parmi les entreprises sollicitées, on ne retrouve aucune entreprise dédiée, mais tous les grands noms. Après avoir vendu du matériel pendant des décennies, les entreprises de Défense adossées au Département de la Défense vendent désormais du service et du conseil.

A cela, rien de très étonnant. Plus qu’aucune autre forme de conflit, la cyberguerre formule une équation basée sur l’expertise, et non sur la capacité industrielle à usiner des milliers de pièces. Avec l’irruption de cette composante, certains politiques n’hésitent plus à placer leur mise sur le tapis de jeu. Ainsi, Mike McConnell, l’ancien directeur du renseignement de George W. Bush, expliquait dans une tribune pour le Washington Post “comment gagner la cyberguerre que nous sommes en train de perdre”. Six semaines plus tard, le Pentagone allouait un juteux contrat de 34 millions de dollars au géant du consulting en sécurité Booz Allen Hamilton, pour répondre à cette carence. Qui est le P-DG de Booz Allen Hamilton? Mike McConnell.

Ron Schwenn, assistant director des acquisitions au Government Accountability Office (GAO, la Cour des Comptes américaine), passe l’année à compulser des rapports sans marge et à éplucher des cahiers des charges fantaisistes, où le dépassement de frais devient la norme. S’il se drape d’ordinaire dans les atours du discours officiel pour ne pas froisser sa hiérarchie, il nous exprime au téléphone sa méfiance envers ce glissement stratégique:

Nous sommes indépendants, mais notre rôle est purement consultatif. Avec le durcissement budgétaire imposé par Gates, on aurait pu penser que le Département de la Défense allait enfin suivre nos recommandations, mais il n’en est rien. Quand ils ont réalisé qu’ils ne pourraient pas sauver certains programmes, obsolètes ou trop coûteux, ils ont décidé de réinjecter des fonds dans des projets aux alias futuristes, avec pour mot d’ordre la prévention contre les cyberattaques. Non seulement le DoD fait preuve d’une mansuétude surprenante dans ce domaine, mais c’est une main tendue à toutes les entreprises frappées par la politique de rigueur.

La cyberguerre permet de vendre la guerre en temps de paix

Dans l’âge post-nucléaire, où la polarité n’est plus aussi simple qu’un commutateur guerre/paix, la cyberguerre en tant que nouvelle menace répond paradoxalement à un besoin d’apaisement: c’est une réponse au débat tendu sur la contre-insurrection, aux attaques de drones, aux dommages collatéraux que celles-ci entraînent, aux errements opérationnels, aux tensions entre Barack Obama et le général Stanley McChrystal, l’ex-commandant de la coalition en Afghanistan, congédié par le président après une interview un peu trop libérée dans Rolling Stone.

Si le principe séculaire de dissuasion et la capacité de projection restent les deux mamelles de la pensée militaire américaine (le Quadriennal Defense Review, qui fixe tous les quatre ans la stratégie à moyen terme de l’armée, a reconduit cette double idée), l’impopularité des conflits irakien et afghan au sein de l’opinion publique pousse législateurs, chefs d’état-major et capitaines d’industrie à agiter le chiffon rouge d’une menace encore volatile. Des spots de publicité commencent à débarquer sur CNN aux heures de grande écoute, tout comme dans la presse. Dans The Atlantic du mois d’août, on pouvait voir cette réclame pour Lockheed Martin, sur fond de moniteurs et d’uniformes kakis: “Lorsqu’il s’agit de se défendre contre les cyberattaques et d’assurer la résistance, il y a un mot important, COMMENT”. Pour une entreprise de cette taille, frappée au cœur par la réorganisation des programmes, ne nous leurrons pas, il s’agit d’un formidable relais de croissance

Au-delà du poids qu’est en train de prendre l’”industrie” de la cyberguerre dans l’économie de la Défense, c’est la gigantesque opération de marketing élaborée pour la promouvoir qui attire l’attention. Fin septembre, le Département de la Sécurité Intérieure a organisé pendant quatre jours un “cyber-blitz”, afin de tester les capacités de résistance des systèmes informatiques de l’Etat à une attaque-éclair. Mais contrairement aux annonces, ce n’est pas la première fois que l’administration joue à se faire peur. En février, le Bipartisan Policy Center, un think tank bipartisan (comme son nom l’indique) avait mis en place le Cyber Shockwave, autre exercice au nom ronflant qui montrait les “failles des Etats-Unis”.

Aux manettes de ce Risk numérique, on ne retrouvait que d’anciens cadres de l’administration, liés au renseignement ou à la sécurité nationale. Ce n’est pas non plus un hasard si parmi tous les théoriciens de la cyberguerre, on retrouve bon nombre d’anciens de la RAND Corporation, cet aïeul caritatif des think tanks qui existait 16 ans avant que Dwight Eisenhower ne verbalise la notion de complexe militaro-industriel. Parmi eux, on peut citer John Arquilla, le chantre de la cyberguerre offensive, qui redéfinit sans détours la notion de risque: “CYBERWAR IS COMING!”, écrivait-il l’année dernière dans un rapport de l’organisation (PDF), lettres capitales et point d’exclamation compris.

La cyberguerre est une guerre sans soldats

“La crainte de la guerre est pire que la guerre elle-même”, écrivait le stoïcien Sénèque. Avec l’avènement de la cyberguerre (qui existe dès lors qu’on l’énonce), les experts se sont substitués aux universitaires, ce qui a largement contribué à téléporter le discours général aux frontières de la peur panique. Les littérateurs du genre n’hésitent pas à manipuler les représentations les plus grossières pour servir leur rhétorique ou monnayer leurs compétences. Sur la couverture de Cyberwar, l’ouvrage “de référence” de Richard Clarke, vieux routier du renseignement, on peut admirer une souris d’ordinateur au motif camouflage. L’image est un tantinet racoleuse, le propos aussi, mais il permet à son auteur de remonter en première page de Google quand vous tapez “cyberwar”.

Si la cyberguerre est une bataille d’experts, son application physique est inversement proportionnelle au bruit qu’elle génère. Loin des clivages politiques ou d’un schéma tracé sur un paperboard, cela tient à quatre raisons toute simples, inhérentes à l’arme informatique:

  • - La frontière entre le test de sécurité et l’attaque à proprement parler reste floue. Dans ces conditions, il est facile de plaider l’accident et d’invoquer la bonne foi, comme si le soft power se durcissait le temps d’un petit ver.
  • - Au contraire d’une ogive nucléaire ou de la conception d’un missile air-sol, une arme informatique ne nécessite ni matériaux complexes, ni compétences rares.
  • - Les armes conventionnelles laissent des impacts de balles, mais les attaques informatiques sont presque impossibles à tracer.
  • - Les armes informatiques ne réclament aucune infrastructure particulière pour les développer. Sans usine, bon courage aux satellites chargés de débusquer les lieux de fabrication…

Sans application de terrain, l’existence de la cyberguerre est conditionnée par son relais médiatique. C’est pour cette raison que Barack Obama a nommé Howard Schmidt au poste de cybertsar (“cyberczar” en anglais) en janvier 2009. Étonnamment, on ne l’entend pas beaucoup ce spécialiste reconnu de la sécurité. Pourquoi? Peut-être parce qu’il a soutenu dans Wired que “la cyberguerre n’existe pas”.

La cyberguerre ne laisse pas de traces de bottes, mais elle marque les esprits

Si elle n’a pas vraiment plus en haut lieu, la saillie de Schmidt n’est en réalité que l’affirmation brutale de la réalité. Puisque n’importe qui peut prétendre avoir lancé une attaque, puisque n’importe qui peut prétendre en avoir stoppé une, qui pourra mettre le doigt sur un virus en temps réel, en identifiant les tenants et les aboutissants? Personne.

Dans cet écosystème de la pensée magique, on peut identifier deux manières de faire la guerre en se salissant seulement le bout des doigts contre la poussière d’un clavier: d’un côté, la cyberguerre “à la russe”, contre l’Estonie ou la Géorgie, afin d’entretenir sa zone d’influence traditionnelle et d’assurer le contrôle de son étranger proche; de l’autre, la cyberguerre “à l’américaine”, ouverte, totale, avec la Chine en point de mire pour une nouvelle bataille du Pacifique. La première est crédible, parce qu’elle obéit à une géopolitique cohérente. La seconde est un fantasme destiné à attraper les journalistes, parce qu’elle ressemble à la quatrième de couverture d’un best-seller de Tom Clancy: un peu de technologie, un peu de diplomatie, un peu d’espionnage. Pour le référencement, on appelle ça le nuage de mots-clés parfait.

Crédits: Illustrations de Loco (trescherloco [at] yahoo [point] fr)

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La (très) bonne paye des dirigeants http://owni.fr/2010/07/19/la-tres-bonne-paye-des-dirigeants/ http://owni.fr/2010/07/19/la-tres-bonne-paye-des-dirigeants/#comments Mon, 19 Jul 2010 16:48:18 +0000 Nicolas Kayser-Bril http://owni.fr/?p=22393

Design Elsa Secco.

La Cour des Comptes a publié son rapport (pdf) sur le budget de l’Élysée le 13 juillet dernier. Après avoir révélé dans son précédent rapport que le Président avait dépensé 1,5 million d’euros en sondages, utilisé des fonds publics pour couvrir des dépenses privées et qu’il s’était abstenu de passer des appels d’offre, la Cour a été beaucoup plus clémente.

Qu’apprend-on dans cet audit ? Que le Président gagne un peu moins de 22.000 euros par mois. C’est 15 fois le salaire médian en France. Mais cela reste 30 fois moins que celui de son ami Martin Bouygues.

Le budget de l’Élysée dans son ensemble reste stable, aux alentours de 112 millions d’euros. À la différence d’autres ministères, les services du Président ont respecté quasiment à l’euro près les dotations qui leur étaient allouées dans la loi de finance initiale. Le différentiel n’est que de 0.2% en dessous des prévisions, quand les opérations extérieures du ministère de la Défense, par exemple, explosent tous les ans leur enveloppe de plus de 80%.

Sarkozy a-t-il enfin “réduit le train de vie de l’État”, comme il le prêche depuis plus de trois ans ? Après un départ en fanfare (à peine élu, il s’est augmenté de 172% et a triplé le budget de l’Élysée), il semble bien s’être calmé. Cela dit, il nous avait déjà fait le coup en 2007. Dans une interview au Point, sa directrice de cabinet assurait sans sourire que le Président payait « toutes ses dépenses personnelles de sa poche ». Deux ans plus tard, la Cour des Comptes révélait qu’il s’était servi dans la caisse à hauteur de 14.000 euros en 2008.

L’omniprésident n’est pas non plus le mieux payé au monde. Les contribuables français payent à peu près autant pour leur Président que leurs voisins Européens. Les Présidents allemands et italiens, aux pouvoirs nettement moins étendus, encaissent chaque année 210.000 euros et 226.000 euros, respectivement, contre 254.000 euros chez nous. Certains politiques européens n’hésitent pas à s’augmenter au moment où leurs administrés sont priés de se serrer la ceinture. C’est le cas d’Angela Merkel, qui vient de s’augmenter de 4.000 euros par an. A 190.000 euros par an, elle devait quand même se sentir très démunie face à notre Sarko et ses Rolex.

En Europe, les parlementaires semblent s’accorder pour offrir des salaires aux alentours de 20 000 euros par mois au haut de la pyramide de la fonction publique. Il faut dire que quand on rabote cette niche, les élus doivent chercher d’autres sources de revenus. Hamid Karzaï, le Président afghan, ne gagne que 400 euros par mois. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles il défend bec et ongles son frère Ahmed Wali, suspecté d’arrondir ses fins de mois en trafiquant armes et héroïne.

Le problème ne tient pas dans le montant de la rémunération du Président. Le combat à mener est celui de la transparence. En demandant cet audit de la Cour des Comptes, Nicolas Sarkozy est le Président qui donne le plus de détails sur les activités de ses services. Quand les budgets sont souvent exprimés en milliers, voire en millions, d’euros, l’Élysée publie ses comptes au centime près.

Malgré cette précision, les contribuables ne sont pas plus avancés sur ce qu’il advient de leurs impôts. Le rapport de la Cour des Comptes est considéré comme définitif, alors que le président de la Cour a été nommé par Sarkozy lui-même en février 2010 ! De la même manière, la Cour reste très opaque quand on demande des éclaircissements. Contacté vendredi par téléphone et par e-mail pour avoir des précisions quant à la ligne ‘autres dépenses’, qui augmente de 75% entre 2008 et 2009, le service com’ de la Cour reste silencieux.

Rien à voir avec le Royaume-Uni, par exemple, où les citoyens ont eu accès à l’ensemble des notes de frais de leurs députés. En France, une telle transparence serait impossible, étant donné que les élus ont droit à des enveloppes forfaitaires sur lesquelles ils n’ont pas à rendre de comptes. On peut auditer les institutions tant qu’on veut ; si les élus évoluent dans un système où l’impunité persiste, un rapport annuel ne les fera pas changer.

Image CC Flickr Great Beyond

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G8: l’inefficacité au meilleur prix http://owni.fr/2010/06/25/g8-l-inefficacite-au-meilleur-prix/ http://owni.fr/2010/06/25/g8-l-inefficacite-au-meilleur-prix/#comments Fri, 25 Jun 2010 11:05:19 +0000 Nicolas Kayser-Bril http://owni.fr/?p=20000 “Un ordre nouveau apparaît”, déclarait un Nicolas Sarkozy triomphant en sortant du G20 de Pittsburgh, en septembre dernier.

Neuf mois plus tard, force est de constater que l’ordre nouveau prend son temps. Parmi les décisions annoncées en grande pompe lors du sommet, on retrouve aussi une promesse d’encadrer les rémunérations des traders et une déclaration aussi lourde que comique : “Nous n’autoriserons pas un retour aux pratiques bancaires antérieures.” LOL.

Une mesure a bien été implémentée ; elle concerne l’augmentation de 3% des votes réservés aux pays en développent au sein de la Banque Mondiale, réalisée en avril 2010. Mais voilà, cette décision a été prise non pas à Pittsburgh, mais à Washington, en avril 2009, lors du meeting semestriel des grands bonnets de la Banque. Au mieux, le G20 a servi de catalyseur.

C’est un peu ça le G20, et son cousin le G8. On fait des grandes déclarations, on fait semblant de prendre des décisions en allant chercher des mesures déjà décidées ailleurs et on se prend en photo. C’est important, les photos. Ca donne aux milliers de journalistes convoqués l’impression qu’on agit.

Découvrez le coût des précédents sommets en faisant glisser le curseur le long de la chronologie ci-dessous:

Inefficace depuis 1975

Depuis que Giscard a réuni ses homologues à Rambouillet en 1975, les grands de ce monde se sont réunis 38 fois, entre les G6, G7,G8 et G20. 38 déclarations que vous ne pourrez pas retrouver sur le site web du G8. Et pour cause : il n’y en a pas !

En effet, ces rendez-vous ne disposent d’aucune forme juridique permettant de les institutionnaliser. Si bien que même les écrits ne restent pas. C’est pour cette raison que les promesses faites en 2005 à Gleneagles suite au Live8 orchestré par Bob Geldorf se sont progressivement évaporées des déclarations finales des G8 depuis, jusqu’à disparaitre complètement cette année, à en croire les brouillons de la déclaration finale publiés par le Guardian.

Personne n’est mandaté pour faire un suivi des rencontres. Seul un petit groupe de chercheurs canadiens tient compte des réalisations, mais ne fait pas la différence entre les déclarations d’intention, les promesses chiffrées ou celles resucées ailleurs.

Rien à voir avec les décisions prises par exemple lors du Conseil des Ministres de l’UE, qui sont suivies par la Commission. Si celle-ci détecte un manquement de la part des Etats-Membres, elle peut saisir la Cour de Justice des Communautés Européenne, qui détient un pouvoir de sanction. C’est pour cette raison que, depuis 1957, l’Union Européenne a réellement agit, que l’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore.

Comme le souligne Jean Quatremer, auteur des Coulisses de Bruxelles et connaisseur des négociations entre Etats (mais qui précise ne pas être spécialiste des G8), sans mécanismes pour transformer des intentions en textes juridiques contraignants, ça ne sert pas à grand-chose.

La méthode intergouvernementale, où les Etats discutent entre eux, s’oppose à la méthode communautaire, où ils acceptent de déléguer une partie de leur pouvoir à une institution.  “L’intergouvernemental existe depuis que les Etats existent,” souligne Quatremer. Et il n’a empêché ni les crises économiques ni les guerres.

Les sommets permettent de se voir, de discuter. C’est toujours mieux que de rester dans son coin. La politique du mutisme a mené le monde au bord de la catastrophe lors de la crise des missiles de Cuba en 1962. Le téléphone rouge entre le bureau ovale et le Kremlin a été installé juste après, pour que les deux superpuissances puissent se échanger leurs points de vue en cas de crise. Si ce genre de relations permet d’éviter l’hiver nucléaire, il n’est pas approprié à la mise en place de réelles coopérations.

Un spectacle qui coûte cher

Les Gs ne sont pas les seuls sommets où le copinage compte plus que les résultats. Davos affiche tous les ans l’arrogance des puissants. Mais eux le payent de leur poche. Les statuts du World Economic Forum précisent en effet que le sommet est financé par les tickets d’entrée. A 31 000 d’euros l’unité, c’est plus rentable qu’un concert de MJC.

Un sommet coûte en général plusieurs centaines de millions d’euros. Le record a été atteint cette année, avec un budgetsupérieur à un milliard de dollars pour un double sommet. Ce qui signifie, si l’on a un peu de mauvaise foi et que l’on considère que les déclarations sont imprimées avec 400 mots par page sur du papier bristol, que les sommets du G8 et du G20 coûtent entre 10 000 et 2 millions de dollars le gramme. Bien plus cher que la coke.

Plutôt que de discuter dans ces week-ends champêtres hors-de-prix, les grands de ce monde pourraient bien discuter dans une brasserie parisienne. Ca coûterait moins cher et, comme le dit Qutremer, “les résultats seraient peut-être meilleurs”.

Combats urbains

Les deux tiers des sommes dépensées concernent la sécurité. Mobiliser trois jours de suite des dizaines de milliers de policiers qu’on a acheminés des quatre coins du pays coûte cher. On a compté jusqu’à 50 policiers et militaires pour chaque manifestant (à Sea Island en 2004).

Les sommets sont aussi l’occasion d’essayer de nouvelles tactiques. Celui d’Evian, en 2003, a permis de tester le dispositif de ‘zone d’interdiction [de survol] temporaire’, ou bulle de protection, inventé en 2001 pour protéger la France des terroristes en avion de tourisme. L’armée de l’air se charge de nettoyer le ciel dans un rayon de quelques dizaines de kilomètres autour de l’évènement, avec moult missiles sol-air, pilotes en alerte et snipers en hélico.

A Pittsburgh, en 2009, les docteurs Folamour du G20 ont testé les canons acoustiques sur les manifestants. Utilisé à la base contre les terroristes et les pirates, ce haut-parleur est tellement puissant qu’il peut faire provoquer des hémorragies internes par rupture des tympans dans un rayon de 10 mètres.

Pourtant, les manifestations sont rarement menaçantes. Malgré les 200 000 personnes protestant à Edimbourg en 2005, le nombre médian de manifestants reste en dessous de 5 000 (c’est-à-dire que la majorité des cortèges compte moins de 5 000 personnes). Côté terroriste, rien ne justifie un missile sol-air, étant donné que la moitié d’entre sont incapable de se faire détonner au bon endroit. Comment justifier une telle orgie sécuritaire ?

Les cyniques diront peut-être que le véritable intérêt des sommets est bien là : ils permettent aux policiers et aux militaires de tester leurs nouveaux gadgets sécuritaires lors d’affrontements prévisibles et peu dangereux. C’est vrai que depuis le sommet de Gênes, en 2001, lors duquel un manifestant avait été tué, les forces de l’ordre ont réussi à gagner à chaque fois en laissant leurs adversaires en vie. Une belle réussite, qui méritait bien un milliard !

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Crédits Photo CC Flickr : Mr Dam Mc Gowan, Elyce Feliz, Bixentro.

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BHVP: ne réveillez pas une archive qui dort http://owni.fr/2010/03/17/bhvp-ne-reveillez-pas-une-archive-qui-dort/ http://owni.fr/2010/03/17/bhvp-ne-reveillez-pas-une-archive-qui-dort/#comments Wed, 17 Mar 2010 10:44:13 +0000 André Gunthert http://owni.fr/?p=10241 joural

Un article du Monde tire à tort la sonnette d’alarme à propos du sort des archives photos de France-Soir, actuellement conservées à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris.
Vif émoi aujourd’hui parmi mes contacts Facebook, alarmés par un article du Monde. Le quotidien “de référence” sonne l’alerte : «Le manque de moyens met en péril les archives photos de France-Soir.» Diantre ! Qu’arrive-t-il donc à cette auguste collection, astucieusement fourguée par ses propriétaires à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris (BHVP) en 1986, à l’occasion d’un déménagement du journal ?

«Depuis une quinzaine de jours, quelque 200 gros cartons de déménagement et 400 classeurs noirs, comprenant des photos, ont quitté les rayonnages pour être entassés les uns sur les autres, liés par des rubans adhésifs, dans un coin de la bibliothèque. La vision est sinistre. Et l’avenir du fonds incertain.» Le Monde dresse ensuite un portrait à tirer des larmes d’un patrimoine irremplaçable, qui comprendrait – c’est dire ! – la seule photo connue de la rafle du Vel’ d’Hiv.

Quel est exactement le “péril” qui mobilise le quotidien du soir ? La conclusion de l’article n’éclaire guère sur ce danger imminent, et met dans la bouche d’Emmanuelle Toulet, nouvelle directrice de la BHVP, trois scénarios : Le premier est de trouver “une place correcte” pour ce fonds à la BHVP. Le deuxième est de l’envoyer “un temps” dans un entrepôt privé – un lieu, à Chartres, est à l’étude. Le troisième est de le confier à une autre institution publique.» Pas de quoi crier au feu. Le Monde exprime in fine sa crainte de voir le fonds France-Soir «promis à l’hibernation.»

francesoir111170Loin des métaphores quelque peu romanesques du Monde, Didier Rykner met les points sur les “i”. «La BHVP veut se débarrasser d’un fonds photographique», affirme sans tourner autour du pot La Tribune de l’art, qui dénonce un «nouveau scandale». «C’est ainsi que la totalité des archives photographiques de France-Soir (…), vient d’être entreposée sur place, avant de partir prochainement pour un dépôt où il pourra être oublié.»

Même analyse, mêmes informations, même anecdote de la photo du Vel’ d’Hiv dans les deux articles qui ont été mis en ligne le même jour – et ont visiblement bénéficié de sources convergentes. Lesquelles n’hésitent pas à s’exposer aux feux de la rampe. L’AFP annonce aujourd’hui que «le syndicat majoritaire des bibliothèques et musées parisiens, le Supap-FSU, emboîtant le pas à un article du journal Le Monde sur le sujet, accuse la bibliothèque historique de la ville de Paris (BHVP) de “laisse(r) à l’abandon” ces archives “pourtant d’une valeur historique considérable”.»

Contactées par mes soins, Emmanuelle Toulet et Carole Gascard, nouvelle responsable photo à la bibliothèque, démentent ces accusations. Depuis son dépôt il y a un quart de siècle, le fonds n’a fait l’objet que d’un inventaire thématique partiel, daté de 1990, concentré sur “Paris et ses environs”. 45.000 photos ont été reconditionnées, soit moins de 10% de l’ensemble. 190 cartons dorment dans un entrepôt extérieur depuis 1986 sans avoir suscité l’inquiétude du Monde ni des syndicats. D’autres cartons étaient dispersés ici et là dans l’institution, où l’on trouve un peu partout des photos sélectionnées pour les besoins ponctuels de recherches sauvages, en l’absence de tout contrôle d’un conservateur photo (fonction inexistante à la BHVP entre 2001 et 2008, jusqu’à la nomination de Carole Gascard).

C’est parce qu’Emmanuelle Toulet et Carole Gascard ont décidé il y a une quinzaine de jours de souffler la poussière sur le dossier France-Soir et de reprendre en main les destinées du fonds que les fameux cartons ont quitté les rayonnages, suscitant l’émoi dans les couloirs de l’institution. S’agit-il d’aller jeter ces cartons dans quelque obscure fosse par une nuit sans lune ? Qu’on en juge: c’est en suivant les recommandations de Nathalie Doury, directrice de la Parisienne de photographie, société créée par la Ville de Paris et consacrée à la préservation et la valorisation de fonds photographiques patrimoniaux, qu’Emmanuelle Toulet a contacté une entreprise spécialisée dans la conservation de fonds photos, à Chartres (à laquelle La Parisienne confie elle-même une partie de ses archives), pour lui demander un devis. Au moment où j’écris, elle attend encore la réponse de l’entreprise.

Des priorités de gestion dans un contexte de restriction budgétaire

C’est dire l’ampleur de la menace. Plus expérimenté que La Tribune de l’art, Le Monde ne s’est pas laissé allé à reproduire telles quelles les accusations précipitées, mais s’est prudemment borné à la peinture «sinistre» de quelques cartons «liés par des rubans adhésifs» – sachant que l’imagination des lecteurs ferait le reste. Quelques expressions suggestives, noyées dans un brouillard d’allusions, un peu de name dropping – Serge Klarsfeld et la mémoire du Vel’d’Hiv, ressuscitée par un film dont parlent toutes les gazettes. Voilà comment on construit un article du Monde, en sachant très bien qu’on n’a que du vent dans sa besace.

Foin des larmes de crocodile versées sur les trésors iconographiques nationaux pour mieux arroser le feu du scandale. Les institutions patrimoniales françaises vont mal, les départs ne sont pas remplacés, les budgets diminuent comme peau de chagrin. Dans ce contexte, il faut se réjouir qu’une équipe compétente ait enfin pris en main les richesses photographiques de la BHVP, trop longtemps négligées. Et comprendre qu’en effet, compte tenu des personnels et des moyens disponibles, il y a des priorités de gestion. Comme les fonds de pellicules nitrate, dont on sait l’imprévisible dégradation. Entièrement numérisées, en cours de catalogage, les collections René-Jacques et Thérèse Bonney sont désormais hors de danger. Le catalogage du fonds Marville, un des trésors de la bibliothèque, se poursuit activement. La mise en ligne de ces ressources est d’ores et déjà prévue. Il faut être le quotidien “de référence” pour ne pas considérer ces signes d’activité comme de bonnes nouvelles.

Billet initialement publié sur L’Atelier des icônes, un blog de Culture visuelle

Photo de une leww_pics sur Flickr

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